12-Mata Hari

Abigail s’apprête à frapper à la porte de la loge d’Adrien lorsque des éclats de voix l’arrêtent net. Elle regarde autour d’elle, le couloir est désert. Elle colle son oreille contre la porte.

  • Je t’avais demandé de ne pas venir ! J’ai besoin de calme. Comment as-tu fait pour entrer ?

Adrien s’étrangle et tousse. Une femme exaspérée lui répond.

  • Regarde dans quel état tu es ! Tu n’arrêtes pas de tousser !
  • Ça n’a rien à voir, c’est mon allergie !
  • Ben voyons ! Allergique à ton émission, oui !
  • Arrête de me harceler !
  • Tu n’aurais jamais dû accepter !
  • Tais-toi et va-t’en ! Je sais ce que je fais !
  • Non ! Tu ne sais pas sinon…

La porte s’ouvre violemment et Abbie se retrouve nez à nez avec une jolie brune aux cheveux courts et aux yeux de braise. La jeune femme se tourne vers Adrien :

  • Et ça c’est quoi ?

Abigail, confuse, lance entre ses dents

  • Mata Hari… ?
  • Tu vois ce que je te disais ?

Furieuse, l’inconnue cherche quelque chose à faire pour exprimer sa colère et ne trouve que la porte à claquer en sortant. Abbie sursaute, se retrouve le nez contre la porte. Elle reste un instant figée sur place, se demandant si elle ne ferait pas mieux de se désintégrer par miracle pour échapper à la honte. La furie a déjà disparu. Courageusement, elle lève la main pour toquer mais la porte se rouvre sur Adrien en colère. Il ne dit rien et va s’asseoir en toussant devant la table de maquillage. Abbie s’avance, très mal à l’aise.

  • Je suis désolée, je… je ne voulais pas…

Il lui jette un regard noir. Elle n’est pas habituée à cette expression hostile.

  • Il y avait des cris, je voulais frapper à la porte mais… Je n’osais pas… J’attendais…

Il hausse les épaules, exaspéré.

  • Le moment propice ? Pour ne pas être indiscrète bien sûr !
  • Mais oui.

Devant lui se trouve un épais dossier et une carte dépliée, un itinéraire tracé en rouge. Il referme le dossier avec rage et le jette sur le canapé. Elle ose :

  • Le voyage de noces est compromis…
  • Qu’est-ce que tu voulais ?
  • Terry m’a demandé de te prévenir mais comme tu as enlevé ton oreillette alors…
  • Alors quoi ?
  • L’invité de jeudi, Georges Stavish, est déjà là. Celui de mercredi est en retard. Il est question d’attaquer jeudi et tu ne changes pas de costume.

Adrien est préoccupé, il n’écoute pas vraiment. Il tousse et fouille dans ses affaires, soulève ses conducteurs mais ne trouve rien. Elle lui tend les documents qu’elle lui apportait ainsi que le CD. Il jette un coup d’œil rapide. Sa respiration est légèrement sifflante, il tousse encore. Abigail ne sait que faire.

  • Tu veux qu’on en parle ?

Ils échangent un regard. Adrien est froid et agressif.

  • De quoi ?
  • De l’émission de jeudi !
  • On reprend quand ?
  • Ils finissent de nettoyer le plateau.
  • D’accord… J’arrive.
  • Bon… Ben… J’y vais.

Il ne répond pas. Il tousse à nouveau. Elle sort discrètement et referme la porte derrière elle. Elle reste immobile, soucieuse. Elle entend Adrien fouiller sur la table. Terry arrive, elle se précipite vers lui, lui parlant à voix basse.

  • Ça ne va pas avec Adrien ! Il tousse, il n’a plus de souffle, je crois qu’il fait une crise d’asthme…

A ce moment ils entendent un bruit de chaises et de chute. Terry se précipite dans la loge alors qu’Abigail reste en retrait, gênée d’être encore là à le surveiller. Adrien est effectivement tombé, son souffle est court, le visage rouge, il tousse sans arrêt. Il murmure

  • Je ne trouve pas ma Ventoline…

Terry retourne tout dans la pièce. Il trouve l’aérosol dans le blouson d’Adrien, le secoue et lui donne.

  • Tu devrais le cacher encore mieux la prochaine fois !

Adrien râle.

  • Lâche-moi.

Il ne cherche pas à se lever, Terry l’aide à s’appuyer contre le mur. Il desserre sa chemise et va ouvrir la fenêtre. Il retourne à ses côtés.

  • Tu te sens mieux ?

Adrien lève les yeux vers lui.

  • Ça va aller…
  • Je connais bien ce genre de crise. J’ai longtemps souffert d’un asthme sévère.
  • C’est passé ?
  • Disons que c’est devenu rare.
  • Tu as de la chance.
  • C’est aussi un peu lié à l’affectif.

Adrien est à nouveau secoué par une toux sèche et sifflante. Terry reste près de lui.

  • J’ai réglé mes problèmes.
  • Ah parce que moi j’ai des problèmes ?

Il reprend une bouffée de Ventoline. Terry l’observe, toujours surpris par le côté agréable ou cassant d’Adrien. Celui-ci regarde à nouveau ce grand gaillard agenouillé à ses côtés.

  • Mon problème, c’est que je fais une démo avec un aspirateur rempli de merde alors que je suis allergique à la poussière !
  • Bon, et bien reste un peu là tranquille, je vais faire aérer le plateau.

Daisy passe devant Abigail, elle entre dans la loge.

  • Terry je te cherchais, tu crois que j’ai le temps d’appeler ma…
  • Tu tombes bien Daisy. Reste avec Adrien. Je reviens.

Elle s’agenouille à ses côtés. Terry s’éloigne, alors avec assurance Daisy commence à déboutonner sa chemise.

  • Je ne sais pas ce qui t’arrive mais je connais un bon moyen pour te détendre, laisse-moi faire.

Il lui prend les mains pour l’arrêter. Elle se penche vers lui pour l’embrasser. Abigail s’éloigne à grands pas, un sentiment de rage a soudainement fondu sur elle.

©lenferdudecor                                                                      13-L’art et la manière…

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2 commentaires:

  1. Après une longue abscence, je reprends le fil….
    Il ne manquait à notre héros que d’être allergique. Je prévois d’autres malheurs… aie!!!

  2. Bicalène est angoissé mais avant tout il est un petit nerveux donc dangereux pour son entourage en un mot spontané. Gare !

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