23-Mon beau miroir

Abigail recule d’un pas et s’observe dans le miroir de sa salle de bain à la faïence rose et crème. Elle tourne son visage de chaque côté, se rapproche à nouveau. Ses yeux noisette sont rehaussés par du khôl noir, ses cils couverts de plusieurs couches de mascara. L’idéal serait d’avoir les yeux bleus, elle aurait au moins ça en commun avec Adrien. Elle grimace. Abigail trouve son regard dur, agressif, voire vulgaire, elle n’a pas l’habitude de se maquiller autant. Ce visage aux jolis yeux soulignés, ce n’est pas elle. Elle jette dans le lavabo le crayon qu’elle tenait encore à la main, se saisit d’un disque de coton qu’elle inonde de lotion et se frotte énergiquement les yeux pour tout enlever. Après plusieurs cotons sales, elle se regarde à nouveau, exaspérée.

  • Et en plus je suis en train de m’abîmer la peau !

Elle étale délicatement une crème hydratante, se saisit du mascara, pose avec soin deux couches successives qui font réapparaître ses cils, les allongent et les épaississent. Elle applique par touche légère de l’anticerne sous ses yeux, pose un fard marron irisé sur le coin externe de sa paupière et l’estompe du bout du doigt. Elle s’observe à nouveau. Son maquillage est doux et lui convient davantage. Elle pose du blush sur ses joues et un rouge à lèvre rose pâle. Satisfaite du résultat, elle se dirige en petite tenue jusqu’à son lit. Il règne dans sa chambre un désordre ahurissant. Différents vêtements sont étalés pêle mêle. Elle les passe en revue mais aucun ne la tente. Elle fouille dans son placard, prend son chemisier préféré qu’elle enfile. Elle s’observe dans le miroir fixé au mur. Elle le trouve fade et ringard, ça fait beaucoup pour un seul vêtement. Elle l’enlève, sort d’autres liquettes et tuniques qui ne trouvent pas non plus grâce à ses yeux. C’est nul, tout est nul, rien n’est assez joli. Assez joli pour quoi déjà, pour aller travailler ? Elle jette un œil sur son réveil, elle devrait être en route pour les Studios Média. C’est énervant de ne pas arriver à se plaire, comment alors pourrait-on plaire aux autres ?…Les autres se résument à une seule personne…Elle fouille parmi ses robes. Il y en a une qu’elle aime bien. Elle n’ose jamais la mettre car elle se sent très jolie avec, ce qui elle en a bien conscience, est assez paradoxal, mais il est vrai que jusqu’à présent elle n’aimait pas attirer l’attention sur elle. Abigail l’enfile, prend le temps de s’observer, tournoie sur elle-même. La robe met en valeur son décolleté et sa taille fine. Elle fouille parmi ses chaussures, enfile des petites bottines fines, tourne encore sur elle-même. Elle cherche dans ses étagères, sort un gilet rose qu’elle enfile. Encore un coup d’œil dans le miroir. Elle sourit. Tout va bien. Elle enlève sa pince et ses longs cheveux châtains aux reflets ensoleillés inondent ses épaules. Elle attrape ses affaires et sort en claquant la porte. Elle a à peine descendu un étage qu’elle s’arrête net. C’est ridicule ! La journée va être horrible. Elle ne va pas se sentir à l’aise dans cette robe et puis d’abord elle ne met jamais de robe et… Elle remonte l’étage à grandes enjambées, rentre dans son appartement comme une furie, se débarrasse de sa veste, du gilet, des bottines, de la jolie robe… Fouille sur son lit pour en ressortir un jean, un tee shirt, un pull… Elle se rhabille en toute hâte, cherche sous son lit ses baskets, enfile des chaussettes dépareillées, il faut partir d’urgence elle est très en retard, à se demander pour quelle raison elle s’est levée plus tôt que d’habitude ce matin si c’est pour en arriver là. En descendant les escaliers en toute hâte, elle appelle Labas, tombe avec soulagement sur sa messagerie.

  • Marc je suis en retard, ne t’inquiète pas j’arrive !

Elle jette ses affaires dans la voiture et démarre en trombe.

©lenferdudecor

24-Effervescence

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2 commentaires:

  1. Scène qui sent le vécu’ je profite d une journée alitée pour reprendre le livre depuis le début .quel bonheur,je pense un bon moment .merci adrien

    1. « Scène qui sent le vécu » Effectivement! En général ça finit toujours de la même façon d’ailleurs 😀 Merci Pascale.

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