l'agression

21-L’agression

Adrien range ses affaires. Daisy frappe à la porte ouverte de la loge.

  • C’est moi !

Il la regarde surpris.

  • Tu n’es pas encore partie ?
  • J’ai récupéré un casque !
  • Pour quoi faire ?

Elle s’avance vers lui.

  • Tu as oublié que tu m’emmenais ?

Adrien s’arrête net dans ses rangements.

  • Comment ça je t’emmène ?

Daisy pour une fois, reste sans voix.

  • Non Daisy je ne t’emmène pas. C’est pas prévu !
  • Comment ça c’est pas prévu?

Terry passe la tête dans l’embrasure de la porte.

  • Adrien ? C’est marrant, je croyais t’avoir déjà vu partir ! Adrien hausse les épaules. T’es garé où ?
  • Dans le parking.
  • Je t’attends ?
  • Non non vas-y. J’ai un coup de fil à passer.
  • A demain !
  • Non mais quel lâcheur !

Terry se tourne vers Daisy qui fulmine. Il lui sourit.

  • Qu’est-ce qui t’arrive ?

Adrien la regarde de travers tout en cherchant son téléphone dans ses affaires. Daisy, les bras ballants et le casque pendant, les observe contrariée.

  • Tu peux me déposer à une station, Terry ?
  • Tu prends le métro avec un casque sur la tête maintenant ?
  • Oui, je n’ai que ça à faire ! Hein, Adrien ?
  • Quoi ?
  • Oh rien. Ce que tu me fais là, ça ne se fait pas !!

Elle sort, furieuse. Adrien fait signe à Terry qu’il ne comprend pas. Celui-ci emboîte le pas de Daisy.

  • Attends Daisy ! Où vas-tu ?
  • Dans le dixième.
  • Je te dépose en passant si tu veux, c’est ma route.

Adrien reste un moment en suspens, il les écoute s’éloigner. Il s’assoit et compose un numéro. Mady répond.

  • J’ai reçu un appel bizarre dans la loge… Oui… Je suis encore au studio…Dans le parking… Non ne t’inquiète pas…. Non, finalement pas ce soir je suis crevé… Je t’appellerai… D’accord…

Il enfile son blouson de moto, feuillette pensivement un magazine, le referme, jette un coup d’œil circulaire, attrape son casque sur une étagère et sort. Il parcourt le couloir silencieux. Arrivé devant l’ascenseur, il prend l’issue de secours et dévale les étages. La lourde porte du parking grince sous sa poussée. Il s’immobilise à l’entrée. Rien ne bouge, il n’entend que le ronronnement des bouches d’aération.

Léo, à côté d’une échelle de secours, observe une trappe dans le plafond qui pourrait être une solution de repli. Il sort de ses poches un marqueur et trace rapidement un large trait autour du pilier pour être en mesure de le trouver en cas d’urgence. Il se faufile entre les voitures, en entendant la porte grincer il s’arrête. Il aperçoit Adrien qui se dirige d’un pas vif jusqu’au parking à moto. Il est saisi par la ressemblance. Il s’apprête à se diriger vers lui mais se plaque contre une colonne; un homme de haute stature vient de sortir de derrière un pylône et se dresse devant Adrien. Léo recule, se fond dans l’ombre et observe. Le costaud bouscule l’animateur qui tombe par terre, deux autres types surgissent. L’un d’eux l’attrape au col, le relève et le décolle presque du sol. Adrien lui donne un grand coup de genou. Le type le lâche en se pliant en deux, il en profite pour se jeter au milieu des quelques voitures garées.

Léo retourne au pilier marqué, attrape l’échelle de secours et grimpe au plafond pour atteindre la trappe qui le mène à l’étage supérieur et disparait.

Tapi derrière une camionnette, Adrien reprend son souffle. Il n’y a aucun bruit, à croire que les types se déplacent dans l’espace. Une paire de grosses chaussures se plante à côté de lui. Il n’a pas le temps de lever la tête qu’il est arraché du sol et brutalement projeté en arrière. Il tombe à la renverse. Le type le relève et le pousse à nouveau en arrière. Il bute contre un pylône. Les deux autres silhouettes l’entourent. Les trois hommes vêtus de costumes sombres sont impressionnants. Le plus costaud le saisit et le jette comme un fétu de paille. Adrien roule au sol. Il se relève d’un bond et fonce tête baissée sur le type qui recule, le souffle coupé, les deux autres lui sautent dessus tandis qu’il distribue tant bien que mal des coups de poings et des coups de pieds. Ils l’immobilisent. Le troisième homme se met à le fouiller. Il vide toutes ses poches. Une voix résonne comme un coup de tonnerre.

  • Il l’a pas sur lui ! Où tu l’as planquée ?

Adrien reste sans voix.

  • Tu vas nous dire où tu l’as planquée.

Ils le jettent par terre et lui labourent les côtes à coup de pieds.  Adrien tente de s’y soustraire en roulant sur le côté. Les brutes le ramassent et le maintiennent face à celui qui semble donner les ordres.

  • Où elle est ?

Sous le choc, incapable de prononcer un mot, Adrien tente de se soustraire à leur étreinte.

  • Okay on t’embarque ! Ça nous laissera tout le temps de discuter.

Il lui balance un coup de poing qui l’assomme littéralement. Les deux le soutiennent.

  • Attends ! C’est quoi ?

Le tatouage dépasse de sa chemise débraillée. Il la déchire. « Seul repose en paix». L’homme regarde les autres.

  • C’est pas lui ?
  • Bien sûr que si c’est lui !
  • On l’a vu entrer dans le parking !

Il tourne Adrien sur le côté, dénude son épaule.

  • C’est pas lui je te dis !

Des crissements de pneus retentissent. Des phares balaient l’allée. Ils jettent Adrien par terre et disparaissent dans les rangées. La voiture pile à deux pas d’Adrien. Abigail jaillit et se précipite sur lui.

  • Qu’est-ce qui se passe ici? Monsieur ?

Elle retourne la silhouette.

  • Adrien ? Adrien !

Il entrouvre les yeux.

  • Mais qu’est-ce qui t’es arrivé ?

Il referme les yeux sans répondre. Elle sort son portable.

  • Allo la police ! Venez vite ! Comment ça mon nom ? Abigail Bergame ! Quoi ? B.E.R.G… Non ce n’est pas le « G » de Julien ! C’est le G de grouillez-vous… A.M.E… Il y a eu une agression dans le parking des studios Média, 50 avenue du Président Wilson à la Plaine Saint Denis, les agresseurs sont peut-être encore là ! Où j’habite ? Mais je vous dis… Ce n’est pas une blague ! Mon téléphone s’affiche de toute façon. Non j’habite Paris ! Comment ça qu’est-ce que je fais là ? J’avais oublié mon sac ! Non je travaille là. Non ça ne pouvait pas attendre demain !

Le ton d’Abigail monte crescendo. Finalement elle écarte son téléphone de son oreille et le regarde comme un nouvel ennemi. Elle se met à hurler.

  • Mais vous ne voulez pas venir ! Y’a un foot à la télé c’est ça ? J’y travaille à la télé moi monsieur ! Je vais vous faire de la pub vous allez voir ! Non non ce n’est pas une menace je n’oserais pas ! Oui bien c’est ça vous allez porter plainte ! Vous venez oui ou non ? Je vous jure ce n’est pas une blague ! Non ce n’est pas la caméra cachée ! …Au secours ! Elle jette un œil à Adrien. Oui… Je me calme si vous me dites que vous arrivez tout de suite… Il y a un blessé… Il est inconscient…Oui je le connais… Comment ça comment ça se fait ?… Oui… Venez vite ! Je vous attends !

Elle raccroche tremblante d’énervement, s’agenouille à ses côtés

  • J’ai appelé la police Adrien, ils viennent avec des renforts et les pompiers. Ne t’inquiète pas.

Il rouvre les yeux sans bouger. Un léger sourire se dessine à la commissure de ses lèvres. Il murmure.

  • Ça va. Je vais bien.
  • Tu plaisantes ou quoi ?
  • C’est rien je te dis. Il faut que je rentre. Il se tourne sur le côté pour essayer de se relever mais il est sonné. Abigail… Il faut que ça reste entre nous.
  • Quoi ?

Il lui lance dans un souffle.

  • Ce qui vient de se passer.
  • Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
  • Je ne sais pas.
  • La police arrive !
  • Ne dis rien à la production. Pas un mot à Labas et compagnie. Promets-le-moi !
  • Je ne comprends pas ! Pourquoi ?

Elle le regarde dans les yeux, il n’a rien à voir avec le Adrien de l’émission, il fait plus jeune avec ses cheveux en bataille, du sang coule de son nez et du coin de sa bouche. Il referme les yeux en soupirant. Elle ne peut s’empêcher de poser une main sur sa joue marquée.

  • Tu auras du mal à leur cacher.

Déjà les sirènes résonnent dans le sous-sol. Deux voitures sillonnent le parking pour finalement s’immobiliser près d’eux. Les policiers sortent du véhicule.

 

©lenferdudecor

         22-Tête à tête

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