46-Dans la nuit

Un chien aboie au loin. Un homme cagoulé et vêtu de noir, tourne autour de la maison aux volets gris et vient se plaquer contre la baie vitrée du salon. Il observe l’intérieur de la pièce à peine éclairé par les reflets de la lune. Il sort un ustensile de sa poche et force sans peine le mécanisme d’ouverture, il entrouvre la baie et se glisse à l’intérieur. Il balaie avec sa lampe de poche, le faisceau s’arrête sur Adrien assoupi. L’homme se dirige sur lui en sortant un couteau, se penche en appuyant sa main sur sa bouche et le couteau contre sa gorge.

  • Bouge pas. Adrien ouvre les yeux en sursaut. Tu vas faire ce que je te dis d’accord ?

Adrien fait un mouvement. L’autre appuie un peu plus la lame sur sa peau, une goutte de sang s’échappe.

  • Je plaisante pas, écoute-moi bien. Tu vas t’habiller et me suivre, tu as compris ? L’homme maintient la pression sur lui. Je ne suis pas seul. Si tu déconnes, on bute toute la famille et tu viendras quand même alors pas de blague. Tu as pigé ? Adrien hoche la tête. Habille-toi vite.

Il lui lance ses vêtements à la figure. Adrien les enfile en observant la silhouette menaçante. Au moment de revêtir son blouson, il le jette au visage de l’homme. Ils roulent sur le sol, échangent des coups, le poignard glisse près d’eux, Adrien arrive à maintenir son adversaire en appuyant son coude contre sa trachée mais l’autre est vigoureux et habitué à la lutte. Il se débarrasse d’Adrien et le bloque au sol, il attrape le couteau qu’il range, contre toute attente, dans son étui.

  • C’est ton frère qui m’envoie.

L’homme enlève sa cagoule et la range dans une poche, il se relève et libère ainsi Adrien.

  • T’es le sale con qui était avec Eddy !
  • Il a besoin de nous. Je ne suis pas venu blesser qui que ce soit ici, il faut juste que tu viennes avec moi. Dépêche-toi.
  • Je ne garde pas un très bon souvenir de la façon dont vous vous êtes présentés la dernière fois.
  • Ferme-la, on n’est pas sur un plateau télé. J’ai besoin de toi.
  • Sans blague ? Faudrait apprendre à demander poliment. Tu aurais peut-être pu sonner à la porte demain matin comme font les gens normaux…
  • T’envoyer une invitation pendant que t’y es ?

Sam se frotte le front nerveusement.

  • Je suis pas là pour discuter, j’ai pas le temps. Est-ce que tu as un ordinateur ?
  • De mieux en mieux.

Sam le saisit au col.

  • C’est ton frère qui m’envoie, est-ce que tu comprends quand je te parle ? Il lâche son étreinte en repoussant Adrien. On a un problème.
  • Je me demande comment des types comme vous pourraient avoir un problème ?

Sam comprend qu’il n’utilise pas la bonne méthode pour être rapide et efficace. Il pose sa main sur l’épaule d’Adrien.

  • J’ai besoin de voir ce que contient une clé USB et j’ai besoin que tu m’accompagnes.
  • Et si je refuse ?
  • Tu veux que tes parents aient des problèmes ?
  • Toujours des menaces…

Il sort de son sac de voyage son ordinateur portable resté en veille. Sam insère sa clé USB. Il parcourt des fichiers qui contiennent des documents ainsi que des plans détaillés de galeries souterraines semble-t-il. Adrien penché au-dessus de Sam observe.

  • Qu’est-ce que c’est ?
  • Je n’en ai pas la moindre idée.

Sam se lève d’un bond, récupère la clé et la met dans sa poche.

  • Il faut partir, on risque d’arriver trop tard.

Sam fait glisser la baie vitrée sans bruit.

  • Trop tard ?
  • Pour Léo.

Adrien le rejoint et le retient.

  • Léo ? C’est qui ça ? C’est mon frère ? Qu’est-ce qu’il a ?
  • Il est blessé. Il est en danger.
  • Il faut appeler la police !

Sam grince des dents et lui serre le bras.

  • Non mais tu rigoles ou quoi ?

Ils sortent sur la terrasse. Sam repousse la baie vitrée derrière Adrien.

  • Léo est peut-être ton frère, mais j’ai grandi avec lui, je suis prêt à tout pour lui.
  • Ça j’ai vu !
  • Je ne suis pas sûr qu’on le retrouve vivant.

Adrien retient à nouveau Sam.

  • Non mais c’est quoi ces conneries !
  • Boucle-la tu vas nous faire repérer !
  • Je n’ai pas découvert que mon frère était en vie pour t’entendre me dire un truc pareil !
  • Désolé mon vieux. Je suis bien obligé de te prévenir.
  • Oui ben ferme-la toi aussi !

Ils se dirigent vers la grille entrouverte que Sam referme en la soulevant pour éviter qu’elle grince.

  • J’espère que tu as ton permis moto, je suis crevé.
  • Pourquoi ?
  • C’est toi qui vas conduire, il faut que je me repose un peu.
  • T’es venu en bécane ? Ne me dis pas que tu viens de Paris et qu’on y retourne !
  • Qu’est-ce que tu crois ? Y’a pas de train de nuit, je ne pouvais pas attendre demain.
  • Oui mais on…
  • Arrête de discuter tu me fatigues !
  • T’es malade ou quoi ? Il va nous falloir au moins neuf heures pour remonter !
  • Tu devrais parler encore plus fort pour alerter tout le quartier ! Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse ? T’as un jet privé ? Non ? Alors on y va !

Ils traversent la rue, gagnent une impasse plongée dans l’obscurité. Une moto est garée là. Sam ramasse les casques, en tend un à Adrien. Chacun met le sien.

  • On bifurquera sur Evry, de toute façon j’aurai pris le relais.

Adrien s’installe et démarre. Sam monte derrière.

  • Sois prudent mon vieux. Léo a besoin de nous.
  • C’est Eddy ! Eddy.

Adrien sort de l’impasse, jette un œil au carrefour et s’élance dans la nuit. Une voiture, stationnée tout près de la maison des parents d’Adrien, allume ses phares en démarrant et prend en filature la moto.

Adrien a rejoint l’autoroute. Contre son dos le poids mort de Sam lui pèse comme un sac trop lourd. Il le hait. Il a envie de l’envoyer bouler d’un coup de coude. Ses pensées défilent avec la même rapidité que le paysage, toutes plus sombres les unes que les autres. Le visage fatigué de ses parents le hante. Ce qu’il fait cette nuit est complétement aberrant et voué à l’échec, il en est sûr. Comment serait-il de taille pour aider son frère ? Lui ? Il déteste se battre. Au moment de frapper, une main invisible retient toujours son poing pour l’empêcher de cogner. Il va tout faire échouer. Il va trouver son frère mort… Il va lui-même se faire trouer la peau et alors là, ses parents ne s’en remettront pas. Et ce sale type qu’il transporte, ce mec sans foi ni loi qui frappe à la demande sur n’importe qui ! Et il est dans son dos, inoffensif… Peut-être inoffensif. Le bras droit de son frère ! La colère le fait frissonner. Il accélère davantage. Au prochain arrêt, il exige des explications. Et s’il appelait les flics ? Il n’a pas d’armes. Même s’il en trouvait une, il ne serait pas capable de s’en servir. Il n’a pas été élevé comme ça, lui ! Se peut-il qu’il perde son frère sans l’avoir véritablement retrouvé ? Des larmes envahissent ses yeux et chatouillent ses cils. Que deviendra-t-il si Eddy meurt, lui qui a construit toute sa vie autour de lui ?

©lenferdudecor

47-La reprise

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