49-Sur la route

Sam sort de l’autoroute, prend la nationale et s’arrête au premier routier qu’il trouve. Adrien ankylosé, descend en frottant ses muscles endoloris.

  • Pourquoi on s’arrête encore ?
  • Ne te retourne pas.

Sam jette un œil discret dans le rétroviseur de la moto.

  • Nous sommes suivis par la voiture noire qui vient de se garer.
  • Pourquoi ?
  • T’es con où tu le fais exprès ? Viens, on va boire un café.

La fatigue se lit sur le visage de Sam. La fatigue et l’inquiétude. Ils s’installent au bar. Sam surveille dans un reflet de miroir la voiture suspecte. Le patron a disparu dans la cuisine. Sam quitte son tabouret.

  • Je vais voir derrière si je peux sortir.
  • Pour quoi faire ?
  • Devine ! Toi tu ne bouges pas de là.

Adrien le regarde avec haine. L’autre lui sourit.

  • Fais pas la gueule et bois ton café.

Sam se dirige au fond de la salle vers les toilettes. Il regarde autour de lui et ouvre une porte malgré la pancarte « Privé ». Il pénètre dans un couloir qui mène vers une sortie de secours. Il entrouvre la porte et est happé par un type à la poigne de fer qui l’écrase contre le mur et lui appuie un Silencieux sous le menton.

  • Un geste, un battement de cils, et je t’envoie au diable !

Sam, le souffle court, lui signifie qu’il a compris.

  • Très bien. Tu vas me précéder et rejoindre ton copain bien gentiment. Au moindre faux pas je n’hésiterai pas à tirer. Les vermines comme toi, je n’ai aucun scrupule à les éliminer. Vas-y, passe devant.

En colère contre lui-même, Sam avance dans le couloir. Il se baisse d’un coup, fait volte-face, frappe l’homme à la poitrine, le coup part. La balle se fiche dans la porte qui s’ouvre sur le patron.

  • Qu’est-ce qui se passe ici ? J’appelle la police !

Il n’a pas vu que l’un des hommes était armé. Adrien voyant le patron se précipiter sur le téléphone, se lève et aperçoit Sam qui se bat avec l’inconnu. Un homme entre dans le bar et pose sa main sur l’épaule d’Adrien qui sursaute. Il se tourne vers lui.

  • Papa ?

Le patron, le téléphone à la main, hésite. Adrien a pâli, il fait un pas en arrière, regarde tour à tour son père, l’homme que Sam a maitrisé et qu’il pousse devant lui sous la menace discrète de l’arme qu’il lui a arraché. Adrien le reconnaît.

  • André ?
  • Tu les connais ? Sam observe les deux inconnus. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Adrien a du mal à reconnaître son père, quelque chose a changé chez lui… La dureté de son regard peut-être, malgré le sourire faux.

  • On est venu te débarrasser de ce type.
  • Mais enfin papa, qu’est-ce qui te prends ?

Adrien a du mal à réaliser la présence de son père. André s’adresse au patron.

  • Ne perdez pas votre temps, c’est un malentendu. Quatre cafés, s’il vous plait !

Le patron, en communication avec le répondeur du commissariat, hésite mais raccroche. Sam les observe tous, sur le qui-vive.

  • C’est ton père ? Il est flic ? Et son pote c’est qui ? T’as vu le flingue qu’il se trimballe ?
  • Papa, je ne comprends pas…
  • J’ai décidé de ne plus te quitter, de surveiller tous tes faits et gestes. J’ai fait appel à André.
  • Mais André…
  • Je suis un ami de ton père, Adrien mais je ne suis pas à la retraite, je suis à mon compte, je suis détective. J’aide ton père dans ses recherches.
  • Quelles recherches ? Vous cherchez Eddy ? Je ne comprends pas.
  • Je n’ai jamais cessé de chercher ton frère. C’est une chance miraculeuse qu’il soit arrivé jusqu’à toi !
  • Mais qu’est-ce que tu fous là avec André ?
  • On a tous compris qu’Eddy trempait dans un trafic qui l’a conduit à te frapper, pour te protéger peut-être, pour t’écarter en tout cas. En pleine nuit ce type vient te chercher. Nous te suivons pour te protéger !
  • Papa t’es tombé sur la tête ?
  • Est-ce qu’il t’a menacé ?

Sam perd patience.

  • C’est une réunion de famille ou quoi ?

Vincent Bicalène le fusille du regard.

  • Toi boucle-la ! Qu’est-ce que tu foutais chez moi en pleine nuit ?

Adrien le pousse vers la table du fond où ils s’installent. Les deux autres suivent.

  • Sam est venu me chercher car il sait où se trouve Eddy, il m’y emmène !
  • Et où est-il ? Pourquoi tu ne m’as pas prévenu ? Qu’est-ce qui te prouve qu’il dit la vérité ?
  • Pourquoi me mentirait-il ?
  • Pour t’attirer dans un traquenard. Peut-être se servir de toi contre Eddy !

Adrien échange un regard avec Sam.

  • Je sais qu’il dit la vérité !

Le patron, méfiant, dépose les cafés en les dévisageant. Les quatre hommes se taisent. Dès qu’il repart avec son plateau vide, André se penche vers eux.

  • Et pourquoi ne pas avoir prévenu les flics plutôt que de venir chercher Adrien jusqu’à Tarbes et perdre un temps précieux  ?

Sam se lève.

  • Vous me faites chier avec vos questions ! J’y vais ! Je me démerderai tout seul !
  • Minute ! Bicalène le retient par la manche. Pas si vite !

Adrien se lève à son tour.

  • Papa, Sam m’a prévenu qu’Eddy est blessé. Nous n’avons pas de temps à perdre ! Il faut reprendre la route. Il est en danger.

Bicalène n’a pas lâché Sam.

  • Puisque tu sais où est mon fils, dis-moi qui est derrière tout ça ?
  • Pour quoi faire ?
  • Ça me regarde que je sache ! C’est moi qui pose les questions. Je veux le nom du type qui retient mon fils !

Sam se dégage de Bicalène.

  • On ne fait que passer en France.
  • Ça j’en ai rien à foutre, je veux son nom!
  • Gandeze. C’est lui qui dirige notre unité.

Bicalène serre les dents, il se lève et jette vingt euros sur la table. André tend la main vers Sam.

  • Tu n’as pas oublié quelque chose ?

Sam ressort l’arme d’André et la lui tend sans le quitter des yeux, André la fait disparaître dans son étui. Il se dirige vers les toilettes. Les trois autres sortent.

  • Le mieux à faire est de laisser la moto ici. Sam se dirige vers la place conducteur du véhicule. Je vais conduire, je sais où c’est.

Bicalène le pousse sèchement.

  • Hors de question ! Tu m’indiques la route ! C’est moi qui conduis.
  • Et pourquoi ?
  • Pourquoi est-ce que je devrais te faire confiance ?
  • Parce que vous n’avez pas le choix si vous voulez revoir votre fils.

Dans les toilettes, André compose un numéro.

©lenferdudecor

50-La débâcle

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