17-Un dangereux dessert

La cantine est bondée. Adrien va attaquer son dessert, escorté par Terry et Raphaël, un jeune stagiaire aux cheveux hirsutes et à l’acné envahissante. Adrien pose avec délicatesse son assiette devant lui, deux profiteroles baignent dans une sauce au chocolat noir. Il se penche sur son assiette pour se délecter les papilles et jette des coups d’œil furtifs autour de lui. Terry et Raphaël échangent un regard étonné. Adrien les surprend.

  • Je voudrais donner un coup de langue à la sauce au chocolat… Comme à la maison !
  • Fais gaffe, tu n’es pas à la maison. Tu ne veux pas prendre ta cuillère comme tout le monde ?
  • Mais non ce n’est pas pareil. C’est comme les frites tu comprends, avec les doigts c’est meilleur !

Il continue à regarder sournoisement autour de lui, il soulève son assiette, la penche vers lui, donne deux grands coups de langue dans la sauce et la repose aussitôt. Les deux en face de lui affichent un regard horrifié, les profiteroles ont glissé. Adrien penaud, du chocolat sur le menton, baisse les yeux sur son assiette vide. Les deux sortent leur portable de leur poche, le stagiaire prend des photos et Terry téléphone.

  • Un coup de langue et hop, le dessert est terminé. T’es fort ! J’espère que Rosa est joignable.

Le stagiaire hurle de rire et attire l’attention des gens autour d’eux. Terry le regarde avec hargne.

  • Oh et puis toi, calme-toi hein !

Adrien récupère les profiteroles sur ses genoux et les repose promptement dans l’assiette.

  • Il ne peut pas se taire celui-là ?

Adrien pointe du menton le stagiaire qui lui fait signe de s’essuyer le visage.

  • Ça ne t’est jamais arrivé à toi ?

Les deux d’une seule voix :

  • Ah non ! Jamais !

L’assistant cherche un nouveau numéro qu’il compose.

  • Pas facile de joindre qui que ce soit à cette heure-là. S’adressant à Adrien. C’est con quand même. Tu avais passé avec succès l’épreuve de la frisée aux lardons et des spaghettis bolognaises ! J’étais loin de me douter que les profiteroles se feraient la malle !

Il jette un œil au stagiaire qui affiche une mine réjouie.

  • Tu arrêtes de te faire remarquer s’il te plaît !

Raphaël recule sa chaise en la faisant couiner, révolté.

  • Ah parce que c’est moi qui me fais remarquer ici ? Elle est bien bonne celle-là !
  • Tu ris comme une baleine aussi !
  • Ah mais il ne faut pas se priver de rire quand une bonne occasion se présente, et puis il parait que ça vaut un steak !
  • Oui ben t’as déjà mangé !
  • Moi les gars je veux faire mon stage avec vous deux !
  • Non non, tu retournes au planning cet après midi comme prévu, on n’a pas besoin de spectateurs.
  • Mais je suis bon public, moi. J’applaudis même si vous voulez !
  • Tu n’as pas bientôt fini oui ? Tu retournes au planning !
  • Bon d’accord j’arrête de rire et je n’applaudis pas. Je peux rester ?
  • Non !
  • Je vais le dire à papa !
  • Nous y voilà ! T’as qu’à y aller tout de suite.

Le jeune se lève, vexé.

  • Vous n’êtes pas drôles.
  • Ah ! Tu vois !
  • Je vous parie qu’on se retrouve tout à l’heure !
  • Oui c’est ça ! Hé Raphaël !

Le jeune homme se retourne.

  • Je t’interdis formellement de publier sur le net une photo d’Adrien à la cantine, tu entends ?
  • Oh ça va !
  • Non, c’est sérieux ! Tu as compris ?
  • Mais oui !

Terry raccroche et compose un nouveau numéro. Adrien essuie avec des serviettes la sauce sur son pantalon.

  • C’est qui son père ?
  • Maxime de Ponchartrain, notre producteur.

Adrien hoche la tête, surpris.

  • Tu ne prends pas de gants avec ce petit gars.
  • Je prends des gants avec personne mon vieux, sauf avec Labas, c’est mon idole. Allo ? Rosa ? Tu as un costume gris de rechange ?…

Il lance un regard sombre vers Adrien qui se lèche les doigts.

  • Tu as du détachant ?… Il se penche vers Adrien. Et une autre chemise rouge ?…Okay on arrive. Il raccroche.

Il compose un nouveau numéro.

  • Daisy on va avoir du retard. Préviens Labas qu’il a le temps de passer chez le coiffeur… Attends je n’ai pas compris, quoi ?… Oui… Oui tu as le temps de prendre un double café avec Bertrand si tu veux.

Terry lève les yeux au ciel. La voix enjouée de Daisy se fait entendre dans le téléphone « Je vais en profiter pour appeler ma mère ! »

  • Fais ce que tu veux mais je te parle de trente minutes de retard pas plus, d’accord ?

Il décoche un sourire maussade à Adrien qui déguste son dessert.

– – – – – – – – – – – – –

Terry et Adrien débouchent d’un couloir. Des gens sortent de l’ascenseur, Terry pousse Adrien dedans et appuie sur le bouton du quatrième étage. Les portes se referment alors qu’Adrien se rue sur elles et tambourine de toutes ses forces.

  • Laisse-moi sortir de là ! Ouvrez ! Ouvrez !

Il frappe contre les portes. Il est livide. Terry tente de le calmer en vain.

  • Ouvre-moi nom de Dieu ces putains de portes !

Il donne à présent de grands coups de pieds et appuie sur tous les boutons. Terry tente de l’écarter et perd patience.

  • Mais tu vas te calmer oui ! Arrête tu vas mettre l’ascenseur en panne !

Adrien hurle comme un fou et le repousse brutalement. Terry valdingue contre une des parois. Adrien lui fait face, il est prêt à le frapper mais les côtés se démultiplient, se rétrécissent sur lui, il regarde le plafond et a l’impression de s’enfoncer sous terre, tout devient noir, l’obscurité plonge sur lui et le submerge. Il pousse un cri déchirant et s’écroule. L’ascenseur s’arrête au deuxième étage. Terry le porte tant bien que mal jusqu’au banc qui accueille les visiteurs à chaque étage.

  • Ça va mon vieux ?

Adrien est blanc comme un linge. Il reprend ses esprits

  • Ne me fais plus jamais ça Terry !
  • J’en ai autant à ton service !

Adrien ne répond pas, il est plié en deux, les bras croisés sur son ventre.

  • Si je peux me permettre, tu n’es pas un mec très reposant ! Je peux savoir ce qui se passe ?
  • Je suis claustrophobe, okay ? Il n’y a pas de quoi en faire une pendule !
  • Mais je ne fais rien du tout, moi ! Tu te rends compte que je suis toujours là pour te sortir d’affaire ?
  • Je te rappelle que c’est toi qui m’as poussé dans cette boîte !
  • Je ne pouvais pas deviner en même temps ! Il fallait me le dire !

Adrien tourne vers lui son regard empli de hargne.

  • Quand est-ce que je te l’aurais dit ? Il faut que je te raconte ma vie parce qu’on tourne une émission ensemble ?

Terry s’assoit à côté de lui, pose une main sur son épaule.

  • Je ne veux pas être indiscret, je me préoccupe de ton bien être, c’est tout. Pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ?

Adrien soupire, sa voix tremble de colère.

  • Quand j’étais gamin, j’ai été enlevé par des types qui m’ont surement séquestré dans un endroit exigu.
  • Surement ?
  • Je ne me souviens de rien. Je n’aime pas en parler, d’accord ? Ça ne regarde personne ici.
  • Ça restera entre nous, ne t’inquiète pas.
  • Je ne m’inquiète pas.
  • Mais quand tu dis que tu as été…
  • Je te dis que je ne veux pas en parler.
  • Tu peux compter sur ma discrétion, et sur moi si tu as un souci, d’accord ? Je serai là.

Adrien, troublé par les propos de Terry, se lève lentement et se dirige tête basse vers les escaliers.

  • Si j’avais un frère, il ne parlerait pas autrement.

(c)lenferdudecor

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